30/05/12

Orage

The Little Mermaid, Edmund Dulac

Et je veux un orage
Un tremblement de colère
Un souffle moite et capable
D’annihiler l'atmosphère

Une ondée bienheureuse
La joie après la pluie
Des cris poussés et des corps
Noirs et voilés de pleureuses

L'orage, grondement divin
Marque de ses éclairs
Les destinées secrètes
Et le miel incertain

Et sentir toutes les peaux lisses
Glissantes interstices
Mourir toutes vermeilles
Par l'orage moite et capable

De faire tomber les prières.

Les étoiles saphiques

C'est quand les étoiles luisent
De tous leurs yeux de diamants
Que je repense à toi

Je dis ton nom tout bas
En soufflant sur mes mains froides
Et le souffle du vent me répond

La nuit a des veines bleues
Qui se reflètent sur ma peau et
Illuminaient la tienne

Je me souviens alors
Lorsque les étoiles luisent
De tous leurs phares blancs

Que je me blottissais quelque part
Entre tes cheveux et ton cou
Et ton odeur de lys

Hypnotisait mes sens
Et je m'endors chaque nuit
En évitant que mes bras

Ne repensent à toi.

26/05/12

Correrse

Moi ce que j'aime ce sont tes pâleurs moites
Dans les nuits desséchées
Des taches de sang laissées
Sur les draps du cloître
Et fleurir sur tes lèvres veloutées
Des couleurs sucrées

Et quand la lune est grosse et froide
J'ouvre les fenêtres et je
Penche la tête
Le dos rond je fais la bête
Je feule et dans le silence 
Je jouis

27/04/12

L'âme du poète

Dans la tourmente et sous la plume
En plein cœur des océans
Je caresse l'onde et le bitume
Je côtoie l'ange et le manant

Ô doux pouvoir
Immanence géniale
Instantané colonial
D'un cliché noir

Le poing au ventre et la fleur rouge
Des morsures au sein des saints
Des talons hauts sur un trottoir
Le lampadaire qui s'éteint

Ô ruelles sombres
On remonte le fil d'or
Mais on sait tous ces morts
Là-bas dans l'ombre

De cruels éclats tordent l'âme
Torturée dans un chaudron
J'ai pour vous l'allure d'une dame
Belle de nuit sans nom

Ô souffle abimé
Pas de doute pas de trêve
Je vais sans aimer
Le long des rêves

21/04/12

Eve

Ève au corps ingénu lasse de jeux charmants
Avec les biches rivales et les doux léopards
Goûte à présent le repos extatique,
Sur la riche brocatelle des mousses.
Autour d’elle, le silence de midi
Exalte la pamoison odorante des calices,
Et le jeune soleil baise les feuillées neuves.
Tout est miraculeux dans ce Jardin de Joie:
Les branchages s’étoilent de fruits symboliques
Rouges comme des cœurs et blancs comme des âmes;
Les Roses d’Amour encore inécloses
Dorment au beau Rosier;
Les Lys premiers nés
Balancent leurs fervents encensoirs
Auprès
Des chères coupes des Iris
Où fermente le vin noir des mélancolies;
Et le Lotus auguste rêve aux règnes futurs.
Mais parmi les ramures,
C’est la joie criante des oiseaux;
Bleus comme les flammes vives du Désir,
Roses comme de chastes Caresses
Ornés d’or clair ainsi que des Poèmes
Et vêtus d’ailes sombres comme les Trahisons.
Ève repose,
Et cependant que ses beaux flancs nus,
Ignorants de leurs prodigieuses destinées,
Dorment paisibles et par leurs grâces émerveillent
La tribu docile des antilopes,
Voici descendre des plus hautes branches
Un merveilleux Serpent à la bouche lascive,
Un merveilleux Serpent qu’attire et tente
La douceur magnétique de ces beaux flancs nus,
Et voici que pareil à un bras amoureux,
Il s’enroule autour
De ces beaux flancs nus
Ignorants de leurs prodigieuses destinées.

Marie Krysinska, in Rythmes pittoresques

16/04/12

Chanson en sel mineur

Cétait la béance, 
Des amours vagues et inconnues
Et puis le silence 
Des tourments incongrus

Au loin la plage
Le souvenir d'un nuage
Au loin l'espoir
Aucune peur dans le noir

Pas d'abris du soleil et de la pluie
Pas de soutien pas d'ennuis

C'était le corps vide
De celle qui avait tout compris
Et puis l'insipide
Que l'on sait de la vie

Au loin la plage
Le souvenir d'un nuage
Au loin l'espoir
Aucune peur dans le noir

Les regards extatiques se meurent
Les arbres de la forêt se pleurent

C'était une étoile tombée
Du ciel crépusculaire
Et puis la jetée
Du canot à la mer

Au loin la plage
Le souvenir d'un nuage
Au loin l'espoir
Aucune peur dans le noir

14/04/12

La papillon assassin

Au cœur du soir
La nuit noire
Le ciel de suie
Le cœur gris
Émilie dort
La pléthore
De rêve-ébènes
Et obscènes
Un couteau luit
Un esprit
Un signe espoir
Dans le noir
Des dents en or
Et un mort
La pomme est pleine
De phallènes